Chaillot travaux
Le 23 novembre 1937, s’ouvre la nouvelle grande salle de spectacle du Palais de Chaillot, à l’occasion de l’Exposition universelle. En 1972, le directeur du théâtre, Jack Lang initie une rénovation de la salle qui durera 4 années. Cette salle porte le nom de Jean Vilar, directeur du Théâtre national populaire (TNP) entre 1951 et 1963 et peut accueillir près de 1 200 spectateurs et spectatrices. Chaillot – Théâtre national de la Danse rénove cette salle historique, tout en maintenant le théâtre en activité, pour se doter d’un outil scénique parmi les plus performants. Après la refonte intégrale de la salle Firmin Gémier, c’est au tour de la salle Jean Vilar, située sous l’Esplanade du Trocadéro, de connaître des travaux de rénovation d’envergure.
Un patrimoine fort
Découvrez l'ancienne salle Jean Vilar
Parlez-nous du projet de rénovation à Chaillot, quand a-t-il commencé à prendre forme ? À quoi ressemblait-il au début ?
O.M : C'est un projet qui est dans les cartons depuis très longtemps, depuis les années 90. Entre autres, il y avait des projets un peu fous, notamment un ascenseur à camions qui aurait acheminé les camions sur le plateau, directement à partir de la place du Trocadéro. Il se trouve que pour des raisons budgétaires, c'est la salle Gémier qui a été rénovée la première (2017). Quand je suis arrivé en 2017, l'étude de faisabilité de rénovation de la salle Vilar et des espaces attenants était dans ma feuille de route. Le projet actuel, celui qui est en train de se construire, date de 2018, avec un début des travaux en 2023, après une année d'étude et une signature du contrat en 2021.
Quelles sont les particularités et défis du chantier Vilar ?
O.M : La principale complexité, c'est de mener ce chantier alors que le théâtre et la plupart des espaces publics restent ouverts : l’exploitation de la salle Gémier, de la salle Béjart, l'organisation et le déploiement d'un projet artistique nouveau avec l'arrivée de Rachid Ouramdane, président-directeur, en 2021. C'est tout ce mélange qui rend le projet extrêmement complexe. Du point de vue du chantier, le gros défi est structurel. On va détruire un mur très important qui soutient le parvis du Trocadéro pour pouvoir agrandir le plateau. Et puis il y a bien sûr les excavations, puisqu'on va gagner 900 m² sur la colline de Chaillot : il faut pouvoir creuser dans le calcaire de la colline sur 6 étages, des espaces nouveaux qui vont être des espaces techniques et des espaces de travail. Il fallait être sûr qu’on n’allait pas avoir de mauvaises surprises. Pour ça, on s'est basé sur ce qu'on savait de la colline, ce qui étaient d'anciennes carrières, donc il y avait quand même un peu de documentation. Il y a eu aussi le chantier de la salle Gémier où plus de 5 000 mètres cubes de terre et de roches ont été excavés à ce moment-là, donc on est un peu dans le même terrain. Il y a eu des sondages pour éviter une mauvaise surprise. En l'occurrence, il n’y a pas eu de mauvaises surprises jusqu'à présent et les excavations se terminent maintenant dans quelques semaines (fin décembre 2025). On est dans un lieu qui est enterré à 90 %. La difficulté du projet, c'est qu'on ne peut pas ouvrir le parvis des Droits de l'homme pour poser des grues et avoir un accès direct. Il faut tout passer par une porte classée (Chaillot - Théâtre national de la Danse est classé Monuments Historiques depuis 1980) qui fait 2,40 m de large par 2,10 m de haut ; il faut donc des petits véhicules et chaque élément qui rentre dans le chantier doit passer par cette porte. Ça a un impact important sur le matériel et sur le temps du chantier. Comme on dit, il faut « faire entrer le chameau par le chat d'une aiguille ». Il faut tout faire rentrer en pièces détachées puis monter sur place. C'est vraiment un des très gros défis de ce chantier. On a des accès logistiques un peu complexes déjà pour le théâtre avec le monte-décor qui est un outil très utile à la vie du théâtre, mais aussi fragile. Donc l'idée, c'est de sauvegarder cet outil et de le mettre à disposition du chantier le moins possible. Il y a des défis structurels, notamment avec l'agrandissement du plateau. Pour l'agrandir, il y a donc les 2 éléments dont on vient de parler : les excavations de la colline et l'agrandissement vers l'arrière. On creuse pour récupérer des locaux et, à la place, on va détruire une grande partie des locaux existants pour agrandir le plateau. Pour cela, il va falloir installer une méga poutre qui va soutenir le parvis des Droits de l'homme. Ce n’est pas anodin : cette poutre arrive en pièces détachées, 124 pièces de métal de tailles différentes livrées par une petite porte et assemblées sur place. Pour assembler cette méga poutre, on compte 3 868 boulons. Elle pèse 44 tonnes pour 32 m de long, 6 m de haut et presque 1,20 m d'épaisseur. Son rôle est double : elle va permettre de soutenir le parvis, et pour ça il a fallu renforcer toute la structure du parvis d'un côté et de l'autre pour que les forces soient reprises par cette poutre. Elle va être mise en fonction dans quelques semaines (décembre 2025). Et puis après arrivera la destruction de l'ancien mur de fond de scène.
Un défi structurel ?
O.M : C'est un gros travail, bien évidemment. Quand on fait des travaux de structures comme ça, il y a des bureaux d'études qui font des calculs, et des bureaux de contrôle qui contrôlent le travail du bureau d'études. C'est un long travail d'assemblage pour ces 124 pièces dont je vous ai parlé et pour visser les 3 868 boulons. Il y a une tolérance de 0 millimètre sur le trou des boulons d'assemblage ; il faut parfois repercer. C'est un travail vraiment de précision. On peut aussi indiquer qu'il a fallu 1 200 heures de fabrication en atelier. Elle a été montée à blanc à l'atelier pour être sûr qu’il n’y avait pas de défauts et que tout allait bien s'emboîter avant d'arriver ici. Parce que les conditions dans lesquelles elle est installée sont extrêmes. On est sous le parvis, les compagnons travaillent sur des nacelles mobiles. C'est un travail pénible et difficile, il n’était pas question de pouvoir hésiter au moment du montage.
Quelles sont les améliorations de la future cage de scène ?
O.M : Avant, nous avions une ouverture au cadre d'une vingtaine de mètres de largeur par 13 mètres de profondeur. Et puis, avec l’arrière-scène qui était un peu plus étroite et un peu plus basse, on arrivait à 15 mètres. Le plateau de demain, ça sera 21 mètres de profondeur sur toujours 20 mètres d'ouverture. Pour vous donner une petite idée, d'un mur à l'autre dans la plus grande partie du plateau, on a 40 mètres. En parallèle, on a construit un nouveau niveau (le niveau -7), ce qui nous amène à 37 mètres de profondeur depuis la place du Trocadéro.
Quels sont les principales nouveautés à attendre ?
O.M : Il y a 3 grands axes : l'amélioration des conditions de travail des artistes, des techniciens et des meilleures conditions d'accueil du public, puisque on est sur un équipement qui date un peu. Certains des espaces n'ont jamais connu de grande rénovation depuis 1937. Pour les artistes, il y a le plateau qui va être agrandi, des espaces pour danser plus grands, plus de studios de répétition, la création du grand studio sous le gradin, sous le public, qui va donner au théâtre un vrai outil de création. On a essayé de repenser complètement le parcours de l'artiste quand il arrive dans le théâtre, à partir du moment où il rentre jusqu'au moment où il va jouer le soir. Des espaces de travail rénovés, repensés. Et tous les espaces de travail et de stockage sont rassemblés autour du plateau. On a aussi repensé le parcours d'une journée type d'un technicien pour une meilleure cohérence de travail. On a vraiment essayé de penser à l'ergonomie, aux espaces de stockage et aux métiers pénibles. Pour le public, on propose une salle repensée, aux sièges en éventail, avec chauffage et refroidissement de la salle en été et en hiver. On a repensé la manière dont on accueille le public avec une salle qui va changer d'atmosphère et qui va se rapprocher un peu plus de l'architecture Art déco du lieu, avec une grande sensation de confort. On va tripler la capacité d'accueil des toilettes pour le public et ça, c'est quand même important avec des spectacles avec entracte.
Plan de coupe de la salle Jean Vilar
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par le média Batiactu